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Revenge porn: quand le sexe devient une arme

  • Photo du rédacteur: Isa
    Isa
  • 27 oct. 2018
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 août 2022

27/10/18 Isa



Méconnu et tabou, le revenge porn continue de faire des ravages. Les victimes de ce crime 2.0 sont encore critiquées et blâmées, et peinent à trouver des ressources pour les aider. Comment mettre un frein à ce fléau? Qui pointer du doigt? Un phénomène qui m'inquiète beaucoup.


Les amants, c’est bien connu, aiment s’échanger des messages pis des photos érotiques, pis qui ne l'a jamais fait !?. Ce phénomène, qui date pas d’hier, fait partie intégrante d'la sexualité de plusieurs pis s’est amplifié depuis l’arrivée des téléphones intelligents. Avant c'était des dessins pis des VHS, aujourd’hui c'est des sextos, vidéos Snapchat pis autres selfies révélateurs. C'qui a changé? L’émergence de l’internet où, d’un seul clic, tu peux partager du contenu intime avec le monde entier....pis détruire une réputation, une vie.


Depuis quelques années, on constate que de plus en plus de photos pis de vidéos réalisés dans l’intimité atterrissent sur le web, diffusées par un ex désireux d’humilier son ancienne partenaire. Pis elles font des ravages. Familles brisées, emplois perdus, harcèlement; le problème arrive si souvent qu’on lui a donné un nom: le revenge porn. L'inventeur de ce terme: l’américain Hunter Moore. Il m'a fallu des jour et des jours pour faire ces recherches et pouvoir t'écrire tout ça, j'en suis bouleversé et je ne savais même pas que c'était un si grand fléau...Alors on regarde ça ensemble...


En 2010, furieux contre son ex-copine, Moore a créé le site IsAnyoneUp pour publier des photos sexys d'elle, invitant les internautes à faire de même avec les femmes qu’ils désiraient humilier sur la place publique. Et oui....pour vrai.... Un an après sa mise en ligne, le site attirait chaque mois des millions de visiteurs, pour un revenu mensuel de plus de 13 000 $. Il y a eu une enquête menée par le FBI, IsAnyoneUp a finalement fermé en août 2012. Yéééé !! En 2015, Hunter Moore a été condamné à 30 mois de prison, assortis d’une amende de... 2000 $. 2000$ et 30 mois de prisons pour avoir détruit une vie...moi j'trouve ça aberrant.


Avec cette initiative tristement avant-gardiste et violemment misogyne, Hunter Moore est devenu, malheureusement, le père de ce phénomène qui n’a rien de nouveau, mais dont l’ampleur est sans précédent à l’ère du numérique. Le revenge porn était né. IsAnyoneUp existe plus, mais les victimes de ce phénomène, elles, sont bien réelles pis leur nombre ne cesse d’augmenter.


Dans une société mal à l’aise avec la sexualité féminine, c’est pas tellement étonnant – pis c’est bien là le problème – que la photo d’une femme nue, initialement partagée dans l’intimité, puisse briser sa carrière pis détruire sa vie. Même en 2018, le public réserve un bien mauvais traitement à celles dont la vie sexuelle est exposée au grand jour – avec ou sans leur consentement. Le revenge porn serait-il une simple extension du slut shaming (c.-à-d. l’intimidation des femmes au sujet de leur vie sexuelle), utilisé pour assouvir une soif de vengeance?


Lorsque la sexualité devient une arme, ce n’est plus sexuel, mais plutôt criminel. C’est de l’ordre de l’agression, du jeu de pouvoir, pis ça, peu importe le sexe d'la victime. C'est important de spécifier que partager des images qu’une personne a produites dans son intimité, c’est réellement un viol. Un viol d’identité, un viol de son image pis d'sa réputation.


On perd complètement le contrôle de ce qu’on met sur internet. On sait jamais quand et comment ça va ressortir. Un crime de ce genre là– parce que c’en est un – a des conséquences psychologiques, financières pis personnelles à très, très long terme. C’est une expérience extrêmement traumatisante pour les victimes. Juste d'y penser, j'ai le coeur à l'envers.


Vivre un cauchemar

Voici le témoignage de Marylise (nom fictif), 26 ans. Un matin, elle s’est fait convoquer par son patron à son arrivée au travail. Elle était responsable des ressources humaines dans une compagnie d'la région de Québec, elle avait entretenu avec un collègue marié une courte liaison à laquelle elle avait mis fin deux semaines avant. Après l’avoir invitée à s’asseoir, son employeur a tourné son ordinateur vers elle: «C’est quoi, ÇA?» Sur son écran, une photo de Marylise* agenouillée devant un miroir, téléphone à la main, se photographiant en train de faire une pipe à son collègue. «Tout le monde au bureau l’a reçue, se souvient-elle. D’une adresse anonyme. Mes parents, mon petit frère et deux de mes amis proches aussi.» La jeune femme s’est confondue en excuses pis a quitté les lieux sans ramasser ses affaires. Elle est jamais retournée au travail. Son ex-amant, lui, est encore employé d'la boîte. «J’ai demandé à mon ancien boss pourquoi il ne l’avait pas renvoyé. Il m’a répondu que non seulement il ne pouvait pas prouver que la photo venait de lui, mais il ne voulait pas non plus briser son mariage.» AYOYE ! J'peux te dire que j'étais sous le choc d'entendre ça !!


Marylise* dit avoir téléphoné à la police, qui lui a répondu que les démarches seraient longues et ardues. «La policière m’a conseillée de laisser mourir l’affaire... Je souhaitais juste passer à autre chose.» C’était en 2009.


De nouvelles lois

Depuis 2014, le Code criminel canadien stipule que la publication non consensuelle d’une image intime constitue un acte criminel passible de cinq ans d’emprisonnement. Oui, t'as bien lue! Le problème est pris au sérieux. Le phénomène, dans sa forme actuelle, est assez récent, mais des condamnations ont déjà eu lieu. Le public n’accepte plus ce genre de choses. On ne veut plus que les victimes vivent autant de culpabilité pour avoir posé un geste normal dans des circonstances où elles se sentaient en confiance. Le fait d’envoyer des images de soi à une autre personne, dans un contexte intime, veut pas dire qu'il y a un consentement à ce qu’elles soient diffusées. La nature confidentielle des images est sous-entendue. Malgré tout, les sanctions pour ce type de crime restent rares, pis les ressources offertes aux victimes le sont tout autant.


Un fléau chez les ados?

Si la personne qui figure sur une image érotique est mineure, son partage est considéré par la loi comme de la diffusion de pornographie juvénile, passible de peines beaucoup plus sévères. Par conséquent, la vaste majorité des campagnes de sensibilisation sur les dangers du revenge porn vise les adolescents. C’est un phénomène qui touche beaucoup les ados, mais il est présent partout où les téléphones intelligents sont populaires. La technologie a un effet désinhibant; devant une caméra ou un écran de cellulaire, on fait parfois des choses qu’on ne ferait pas en public. C’est une illusion d’intimité dont les jeunes ne sont pas conscients.


L’insouciance des ados, doublée de leur incapacité à anticiper les conséquences de leurs gestes, les rend vulnérables à ce genre de dérapages. C’est une forme de violence, un geste posé par quelqu’un qui souffre pis qui veut faire souffrir la personne qui l’a blessé.


Si j’avais un conseil à donner aux parents ou aux proches, ce serait de ne jamais prendre à la légère le fait qu’une jeune leur avoue que des photos intimes d'elle circulent en ligne. Si elle en parle à un adulte, c’est sans doute parce quelle a déjà essayé d’étouffer l’affaire. Si elle aborde le sujet malgré la gêne ou la peur des réprobations, c’est qu’elle est en détresse.


Ma propre fille a faillie en être victime et si je n'avais pas vu les menaces sur son cellulaire, il y aurait probablement eu un revenge porn. Heureusement pour elle que je l'aille vue. Car souvent les victimes se cachent et n'osent plus rien dire par peur d'être jugées.




Où trouver de l’aide?

À Montréal, le SPVM recommande aux victimes de revenge porn de porter plainte auprès de leur poste de quartier dans les plus brefs délais, en répétant que «la diffusion non consensuelle d’images intimes constitue une infraction criminelle». Mais au-delà d'la plainte, une victime devra choisir d’entreprendre ou non des procédures au civil contre la personne qui a diffusé ces photos. C'est possible de chercher à obtenir un certain dédommagement pour cause d’atteinte à la réputation, par exemple, ou pour la perte d’emploi. Mais c’est un processus difficile, coûteux et public que plusieurs victimes n’ont aucune envie de subir.


Les victimes adultes peuvent également se tourner vers les ressources mises à la disposition des jeunes. Des sites comme AidezMoiSvp.ca créé par le Centre canadien de protection de l’enfance, contiennent un tas d’informations très pratiques sur la cyberintimidation, la «sextorsion» et le revenge porn. On y trouve aussi une multitude d’outils, comme des modèles de lettres destinées aux sites de diffusion du contenu intime afin d’exiger qu’il soit retiré.


Les vrais coupables

«Ce que j’ai trouvé le plus difficile, se souvient Marylise*, c’est le manque d’empathie de mon entourage. Personne m’a dit combien mon ex était dégueulasse. Ils ont tous réagi d'la même façon: “Mais pourquoi t’as fait ça?” Pourquoi j’ai fait ça? Parce que j’avais confiance en cet homme. Nous étions ensemble sur cette photo et dans cette relation. Mais j’en ai été tenue pour seule responsable.»


La frontière entre la chambre à coucher pis la place publique est plus que jamais facile à franchir. Est-ce que la seule façon d'se protéger du revenge porn c'est de ne plus prendre de photos sexy? Sans doute. Les victimes de revenge porn sont-elles pour autant responsables de leur sort? Absolument pas.


«Il a violé mon intimité, m'a dit Marylise*, pis c’est moi qui en paie le prix. J’y pense encore, presque tous les jours. J’ai maintenant un conjoint pis des enfants, mais je dormirai plus jamais sur mes deux oreilles.»


Fait attention à toi...bisous...

Isa xxx



 
 
 

Commentaires


💫 Avant de partir…

 

J’ai récemment fait une découverte qui m’a sincèrement surprise… et que j’avais envie de garder pour moi. Mais certaines choses sont trop belles pour ne pas être partagées.

 

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